Le quartier Saint Laurent, vision vers le passé.

Aménagement du territoire, urbanisation, plan de construction, travaux... autant de notions pouvant nous éloigner de notre passé.
Grenoble évolue et évoluera encore. Le XXème siècle a marqué le paysage urbain de la belle cuvette grenobloise.
Je ne m'adresse pas à vous messieurs Mistral, Michallon, Dubedout, vous qui avaient mis en oeuvre des politiques urbaines à l'échelle des besoins. Que vos convictions soient opposées ne vous ont pas empêcher de faire évoluer Grenoble, de créer, de développer.
Exposition universelle de la Houille Blanche, Jeux Olympiques, deux symboles, deux projets qui constituent à mon goût deux impulsions certaines pour la ville, pour l'agglomération, pour le bien être de tous. Cette vision, dirigée vers l'avenir, a bouleversé Grenoble, je dirai même Cularo.
Cularo, Grenoble, des millénaires vous séparent. Et aussi, Grenoble, Grenoble, des siècles vous séparent.
Avec sa porte, son pont, ses vieux immeubles, son passé religieux, le quartier Saint Laurent est chargé d'histoire et nous offre encore aujourd'hui d'infinis lieux de méditation ou tout simplement de découverte d'un passé.

le pont Saint Laurent

Aujourd'hui réservé aux piétons, le pont Saint Laurent a été construit en 1909. Son tablier étant fixé par des cables d'acier, on le nomme aussi le "Pont Suspendu". Il a succédé à des ouvrages plus anciens, notamment le "pont de bois", datant de 1837 et, auparavant, le "pont du Jacquemart", qu'on voit sur la gravure ci-contre. Il fut, jusqu'au milieu du XVIIème siècle, le seul pont de Grenoble.Cet endroit se prêtait au franchissement de l'Isère. C'est ici que l'indocile rivière voit soudain son cours se resserrer : à l'endroit même où elle vient heurter la falaise du Rabot, avant de la contourner. Il était donc naturel que les pontonniers romains, ingénieurs très expérimentés, choisissent cet emplacement pour lancer un ouvrage d'art, à l'époque où il n'y en avait encore aucun.
L'homme qui prit cette décision était un ancien lieutenant de César. Il se nommait Lucius Munatius Plancus. Venant du nord, il construisit, en une journée seulement, un ouvrage de bois et traverse l'Isère avec son armée. Cela se passait le 12 mai de l'année 43 av. J.-C.

Ce premier pont de l'histoire de Grenoble eut une brêve existence, puisque, peu de temps après avoir franchi l'Isère, Plancus fit demi-tour, repassa la rivière et détruisit l'oeuvre de ses pontonniers...
Il va falloir attendre le XIème siècle pour que soit construit enfin un nouveau pont : ce sera l'oeuvre de saint Hugues. Ce pont va être emporté par l'inondationn de 1219.

la rue Saint Laurent

Cette rue est l'artère centrale de la "Commune libre de Saint-Laurent", proclamée par les habitants eux-mêmes, le 9 novembre 1966, à l'image de la Commune Libre de Montmartre, à Paris. La "mairie" de cette commune est au n° 103.
On est ici au coeur du quartier surnommé "la petite Corato", tant est grand le nombre de familles originaires de Corato, près de Bari, dans les Pouilles, -mais aussi d'autres régions de la péninsule et de la Sicile.
C'est une des plus vieilles rues de Grenoble. Elle date de l'époque gallo-romaine. Dès cette époque en effet, une voie avait été tracée pour permettre aux habitants de Cularo de se rendre au cimetière, qui occupait l'emplacement actuel de l'église Saint Laurent. Les sépultures retrouvées, au cours de fouilles récentes, ne laissent aucun doute sur l'ancienneté de cette nécroplole : elle date des tout premiers temps de l'enracinement du christianisme en Dauphiné.

Tout au long de la rue, jolies arcades, portes à accolade, passages voûtés, conduisant parfois à de charmantes petites cours intérieures.
On notera une fontaine, face à la rue du Sappey, seule reste de l'ancienne résidence des Bénédictins.Au n° 42, se trouve la maison natale de Lionel Terray. Au n° 56, se trouve dans la cour intérieure, une pierre tombale gallo-romaine...


Histoire d'un quartier du XIème au XXème siècle

La Rive Droite, bordée de nécropoles, voit le développement d'un complexe religieux et funéraire entre le IVème et le IXème sicle, sur le site de l'actuelle église Saint Laurent. Sur ses ruines, est fondé un nouveau monastère en 1012. Dès 1100, le monastère Saint Laurent devient une église paroissiale ; la création du baubourg semble donc remonter à cette époque-là. Le bâti évolue et se transforme selon les usages et les besoins.

Au XVIIème siècle : la population s'accroît et les activités artisanales se développent : peignage et tissage du chanvre, mégisserie, ganterie, fabrication de cartes à jouer. L'essentiel du bâti du quartier Saint Laurent, conservé aujourd'hui, date de la fin du XVIIème siècle.

Au XVIIIème siècle : il y a peu d'évolutions. On note, cependant, l'utilisation du 17 rue Saint Laurent comme caserne - comme d'autres immeubles de la rue. La majorité des activités artisanales disparaît : seule, la ganterie se détache et s'impose progressivement, passant de l'artisanat à la manufacture en ateliers (l'entreprise "Xavier Jouvin" compte 470 ouvriers).bb
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Au XIXème siècle : l'époque de l'industrialisation grenobloise voit, à Saint Laurent : le déclin de la manufacture le meintien de l'artisanat pour certaines tâches spécifiques En 1860 : Il ne reste que la ganterie "Rey-Jouvin" (30 employés), les cartonnages "Jean-Marc" (17 employés), les chaussures et galoches "Dupuy" (10 employés). A la fin du XIXème siècle, les populations se déplacent vers les quartiers industriels (Berriat...)

Début du XXème siècle : la modification de la structure de la propriété des immeubles évolue avec l'apparition de la copropriété qui va rendre plus difficile la gestion et l'entretien des immeubles. Pour protéger les habitants des inondations, la construction des quais le long de l'Isère, assortie d'une obligation de construction d'immeubles de quatre à cinq étages en front de quai, au détriment des immeubles de la rue crée des cours étroites, humides et sombres, participant ainsi à la dégradation de l'ancien bâti. bbbbbbbbbbbbbbbb

Au XXème siècle, le développement industriel attire à Grenoble de nouvelles populations immigrantes, françaises et étrangères. Après 1921, le quartier se peuple temporairement (accroissement de 20%) ; les Italiens surtout, en provenance de Corato s'installent en grand nombre. Ils profitent de logements bon marché mais sans grand confort. Le bâti continue à se dégradrer ; les propriétaires mettents leurs biens en location. Dès les années 50, la population délaisse à nouveau le quartier pour les quartiers neufs - aux habitations plus confortables.$^^$$$$$
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